rue du midi

15 mars 2013

Et Amélie refroidit Barbe bleue

Publié par ruedumidi dans HUMEURS

Vous direz ce que vous voulez, le dernier Nothomb, c’est le dernier Nothomb.

Incontournable.

Elle en agace certains, en repousse d’autres qui fuient devant son petit air ironique en couverture.

Ceux-là s’arrangeront pour l’emprunter à une amie, l’air de rien: « Tiens, le dernier Nothomb… oh d’habitude je déteste, mais bon d’accord prête le moi »…

Impossible d’y échapper. Un huis clos encore. Le récit est fluide, limpide, moins de noirceur qu’à l’accoutumée.

Barbe bleue est une âme torse, certes, mais il est aussi un être épris, sincère, entier.

On s’attache, et  l’on se quitte. Comme toujours.

 

18 février 2013

Valentin écrit et l’ogre murmure

Publié par ruedumidi dans HUMEURS

Ma dernière lecture : « Le murmure de l’ogre » de Valentin Musso. J’ai bien dit « Valentin ». Il est le frère de Guillaume, et quel talent ! 

Valentin Musso étudie sans doute très longuement son sujet avant d’écrire, cela se ressent, les détails historiques foisonnent. Pas de défilé incohérent de personnages inutiles ou perdus entre les lignes, pas de sentiments mielleux et baclés. Le vocabulaire est riche et très à propos,  bref un pur bonheur. 

« Le murmure de l’ogre » se déroule à Nice entre les deux guerres, à la naissance des brigades de polices locales, et aux prémices de la psychiatrie qui se tourne enfin vers le respect de l’humain. Les sentiments et ressentiments se croisent, se mêlent, se complètent.

La traque d’un assassin en série. Pas de grands gestes ni de mots de trop. De la pudeur toujours, on s’attache aux personnages,  quels qu’ils soient, à leurs faiblesses.

Valentin Musso nous engage, lecteurs, à ne refermer son livre que lorsque nos yeux caressent enfin la dernière ligne. 

Il a aussi écrit « Les cendres froides », abordant  le sujet des « Lebensborn », fort méconnu en France. (Cliniques réservées aux jeunes filles mères sous l’occupation). Sur fond d’une enquête policière de nos jours, les secrets et non-dits du passé resurgissent peu à peu faisant presque oublier le sujet des premières pages. Joli, toujours pudique, étonnant.

Il me manque « La ronde des innocents ». Mais j’espère pouvoir bientôt vous en parler.

3 novembre 2012

passez devant…

Publié par ruedumidi dans RENCONTRES INSOLITES

Les clients emplissent la petite pharmacie, au bas de la rue…

On s’entasse comme on peut, chacun trouve une place et somme toute l’attente ne sera pas si longue car les quatre pharmaciennes s’affairent sans relâche.

Ici pas de ligne au sol, la file d’attente se forme et se déforme naturellement au gré du passage et des rencontres, les conversations s’engagent facilement, on est en week-end après tout.

Soudain, l’officine résonne d’un cri : « Dites donc vous ! Çà ne vous ennuie pas passer devant tout le monde ? »

Les regards se tournent d’abord d’un air amusé vers l’auteur de l’invective, croyant à une bonne blague entre connaissances, dans ce petit quartier tranquille où les voisins se connaissent.

Puis les sourires s’effacent laissant place à la surprise devant l’air furieux de l’homme qui s’agite : « Oui vous ! c’est un peu facile de passer devant les autres ! » La trentaine bien mise, costume rigide, il trépigne, agite son ordonnance d’un air menaçant, en perd sa clef de voiture.

L’apostrophé, lui, confus, tente de s’expliquer confusément « C’est que je passe juste récupérer une commande posée là, je ne voulais pas… »

-Et alors ?!  rétorque l’autre, rouge de rage, en montant le ton, «  moi j’ai mon gosse qui pleure dans la voiture parce qu’il a une otite, alors hein ! » L’homme est sur le point de perdre ses moyens, sans doute très agacé à la perspective d’un week-end gâché…

 

A ces mots, deux très vieux messieurs qui précèdent l’outragé se retournent vers lui.

Le premier, l’œil vif et rieur, auréolé d’une légère barbe blanche, lui attrape le bras droit. Le second, très vouté, pas bien solide sur ses jambes lui saisi le bras gauche.

D’un seul élan ils le tirent et le font passer devant eux, « Ah mais vous avez raison Monsieur, vous avez un enfant malade, passez devant nous, c’est important ».

Surpris, l’inélégant papa se trouve gêné, proteste un peu, tente de reculer. Il prend conscience du ridicule de la situation, soutenu et encadré ainsi.  Mais les vieux Béarnais, insistent, et le poussent aussitôt vers un guichet qui vient de se libérer.

 

La paix revient, le premier client s’éclipse discrètement, légèrement vexé de la méprise…

Quelques chuchotements amusés parcourent la file d’attente, et le vieil homme barbu se retourne en douce vers nous, avec un large sourire, ponctuant là la scène  …

3 mai 2012

le salon 2012

Publié par ruedumidi dans RENCONTRES INSOLITES

Pas de file d’attente cette année, pas d’autographe de star, pas de dédicace.

Mais du plaisir.

Flâner sans but et se laisser séduire au fil des stands …

Un auteur qui tel un camelot,  tente de vendre sa « méthode pour devenir écrivain ».

Un petit éditeur de livres pour enfant aux supports étranges : l’an dernier un livre tout blanc, cette année un livre tout noir. (et devant tant de suspens, je vous tiendrai au courant l’année prochaine, bien sur).

Le dernier de Chevillard, jouissif… le regard hautain des « Dilettante », tant pis… l’enthousiasme des gamins en groupes scolaires… les lettres japonaises… et encore les lettres japonaises. (qui feront l’objet d’un prochain billet).

Mais le bonheur surtout de belles rencontres, de nouveau.

Des retrouvailles avec ma ravissante voisine de l’année dernière (mon billet du 23 mars 2011). Elle est en stage cette fois-ci, pas le temps d’une pause café ! Mais nous avons pu nous donner quelques nouvelles, commenter un petit recueil de poèmes de Sôseki, puis nous souhaiter bonne route…

Des retrouvailles aussi pour un déjeuner en terrasse au soleil avec une rencontre de vacances, ma marraine sur ce salon. Une vraie pause bonne humeur, et la promesse de se revoir.

Quelques heures à déambuler. Mes pieds ne me suivent plus.

Je repars tranquillement quand mon œil est attiré par de petits livres de toutes les couleurs.   » in8″? Je suis sure d’avoir déjà lu cette édition mais impossible de me souvenir quoi. Je m’approche, cherche, hésite… La jeune femme derrière la table essaie de m’orienter, les titres ne me disent rien, et je suis sur le point de m’éloigner quand par curiosité je lui demande d’où elle vient.

Elle prend alors un air désabusé, l’air de dire « ma pauvre tu ne connais pas », puis me répond poliment : « oh, nous sommes installés dans une petite ville au nord de Pau : Serres-Morlaas »…

La coïncidence est trop belle.

Aussitôt notre conversation tourne autour des Pyrénées, des librairies de Pau, du salon du livre local, de dédicaces et de rencontres inattendues.

Avant de nous quitter elle m’offre un livre, « une rencontre aussi » me dit-elle en souriant…

Oserai-je conclure comme l’an dernier ?

Que du plaisir…

29 avril 2012

Elle

Publié par ruedumidi dans EPHEMERES

Elle me croise tous les matins.  Et cela me rassure. C’est incroyable, qui aurait cru que je pourrais prendre de telles habitudes, me raccrocher à un rituel.

Elle m’ignore, mais j’aime la voir tous les matins, l’espace de quelques secondes, cela me donne envie de chanter, si je pouvais.

Pourquoi Elle, et pas les autres ? Il y a foule pourtant, dans cette rue où je passe mes journées, sans bouger, à ne rien faire, dans l’indifférence la plus totale.

Je ne sais qu’attendre, écouter le tranquille déroulement du temps. Ce temps après lequel ils courent tous, là, autour de moi.

Alors je les observe,  sans animosité, amicalement, sans comprendre, sans rien attendre d’eux non plus, après tout, simple curiosité.

Et puis il y a Elle. Elle me frôle parfois, involontairement, quand la rue grouille de monde aux premières heures de la journée, mais sa silhouette frêle et gracile disparait bientôt très vite.

Un matin, j’ai respiré son parfum,  j’étais heureux… et seul à nouveau dans ce désert de foule.

Un jour un passant a trébuché et s’est raccroché à moi, par reflexe, sans réfléchir. Je l‘ai retenu alors de toute mes forces pour l’empêcher de tomber. Vite rétabli, il est reparti, sans se retourner, sans un merci, à peine un regard pour moi. Il parait que c’est comme çà qu’on agit avec les exclus de la société.

Je ne me sens pas exclu, pourtant. De nombreuses personnes s’assoient sur le banc près de moi, pour discuter, ou manger un morceau. Ils m’ignorent certes mais ne semblent pas effrayés par ma présence, les exclus font peur en général, pas moi.

Et puis des hommes viennent de temps en temps, pour me nourrir, me donner à boire, s’assurer que je suis en bonne santé et faire ma toilette. L’un d’entre eux me parle même parfois, je l’aime bien celui là, et puis il ne se vexe pas si je ne réponds pas.

Ils sont passés hier, alors je suis beau et bien propre. Cette fois-ci Elle va me regarder c’est sûr, je suis impatient de la voir, de la respirer, si seulement Elle pouvait trébucher Elle aussi, juste une fois…

La voilà ! Ils sont des milliers sur ce trottoir mais je ne vois plus qu’Elle.

Elle est légère, gracieuse comme la feuille d’érable qui se laisse porter par le courant tumultueux du ruisseau. Je sais déjà qu’Elle sent bon, comme les fleurs nouvelles du printemps. Sa bouche est une rose à peine éclose, son âme une herbe sauvage que l’on ne dompte pas. Ses yeux couleur noisette reflètent soudain ma silhouette : Elle m’a regardé ! J’ai un cœur ! Je l’ai senti, oui un cœur qui bat !…

Elle m’a dépassé.

Si seulement j’avais bougé, si seulement j’avais crié, elle se serait arrêtée peut être, et assise sur le banc près de moi, quelques instants, quelques secondes d’éternité. Mais je n’ai pas su.

Demain, demain j’essaierai…

Les hommes sont revenus, ce n’était pas le jour habituel, je n’ai pas compris pourquoi, je n’avais ni faim ni soif. Sans un mot ils m’ont brutalement arraché à mon coin de trottoir. J’ai bien tenté de me débattre, mais là non plus je n’ai pas su, et puis ils étaient plus forts, plus nombreux…

Mon cœur qui bat pour Elle s’emballe, s’affole, puis ralentit… doucement… la reverrais-je ?…

« Extrait du New-York Times,  Edition du 1er mars 2004

Rubrique Espaces verts :

 Suite aux très fortes chaleurs de l’été caniculaire de 2003 et dans un souci de sécurité sanitaire, la municipalité a débloqué les fonds nécessaires au remplacement des différents spécimens d’arbres implantés sur les trottoirs du centre ville, par des mûriers noirs, espèce plus résistante, et offrant une ombre fraiche à nos concitoyens.

Les équipes travailleront par roulements afin de couvrir au plus vite le centre de Manhattan et assurer, dès cet été,  un confort non négligeable aux New-Yorkais. »

4 septembre 2011

maegaki!

Publié par ruedumidi dans HUMEURS

Quelques lignes pour partager mon enthousiasme en découvrant l’invitée du prochain salon du livre à Paris :
La littérature japonaise.
Une fabuleuse promenade à venir !
Une balade au pays des émotions de Mishima, et de la plume si nette de Yoshimura.
Le pays du haïku, petit poème de dix-sept syllabes en trois vers, aboutissement de plusieurs siècles d‘évolution, qui nous invite à communier avec la simplicité, la magie de l’instant, la beauté pure de l’essentiel.
Le Japon d’Urashima Taro, modeste pêcheur, héros d’un très ancien conte populaire et naïve victime du temps qui passe.
Issues de l’archipel de tous les contrastes, littéraires, économiques, culturels ou géographiques, les lettres japonaises viennent à nous. De jolies rencontres en perspective…

Vous êtes prévenus, je n’y suis pour personne le 16 mars prochain !

18 août 2011

tictac

Publié par ruedumidi dans RENCONTRES INSOLITES

Un petit cabinet médical.
Une salle d’attente vide.
Je perçois la voix étouffée du médecin de l’autre côté de la porte.
Je m’assieds, cela ne devrait pas être très long…
Le silence est rythmé par le tictac d’une pendule ronde accrochée en hauteur.
16h40, tiens j’ai fais vite pour venir.
Je laisse mon regard glisser sur les chaises vides, le vieux radiateur en fonte, quelques livres, et divers avertissements au mur : « pas de carte bleue », « pas de visiteurs médicaux le samedi », « je ne prescris jamais de somnifères »…
Je jette un œil curieux par la fenêtre: un potager où de belles tomates rougissent, un pommier et un pêcher me semble-t-il au bout de l’allée…quelques fleurs.
La consultation s’éternise de l’autre côté de la porte.
J’appuie ma tête contre le mur, je ferme les yeux.
Le tictac de la pendule me tient compagnie et me berce doucement.
Après de longues minutes j’entends des bruits de pas, je regarde la pendule.
16h40. Tic la trotteuse avance d’un cran. Tac elle recule !
Amusée, je soupçonne le médecin d’avoir bloqué volontairement l’aiguille.
J’ai beau chercher, je ne trouve pas l’avertissement: « inutile de vous impatienter, ici le temps est suspendu »…

31 juillet 2011

la bretelle

Publié par ruedumidi dans RENCONTRES INSOLITES

Les nuances de bleu de l’eau, variant du marine profond au limpide turquoise font pâlir le ciel.
La chaleur est écrasante et chacun recherche l’ombre des pins qui bordent la plage de sable blanc, presque déserte.

Elle a 18 ans, 20 peut-être à peine, et défie le soleil.
Elle est mince, d’une beauté insolente et un simple bandeau noué dans le dos recouvre ses jolis petits seins tout ronds. Elle aimante les regards.
Les pieds dans l’eau déjà, elle va plonger…

Les quelques messieurs présents tentent bien de garder un air détaché, mais impossible.
Impossible d’échapper au timide espoir à peine formulé, tout juste effleuré du coin de l’inconscient, du bandeau glissant, abandonnant son rôle. Même sous l’eau… même en rêve.

Elle se retourne alors et, dans un mouvement ingénu mais d’une infinie sensualité, attache une bretelle à son bandeau.
D’aucuns se rallongent en fermant les yeux. A quoi pensent-ils ? Privés en un geste d’une once de rêve malicieux et bien innocent en somme, car tombé du ciel au milieu des pâtés de sable des gosses et des mots croisés de Madame.

Le monsieur d’à côté relira trois fois la page 42 de son bouquin; son voisin badigeonnera assidument le petit dernier d’écran total…

28 juillet 2011

humeur du 28.07.11

Publié par ruedumidi dans HUMEURS

Que reste-t-il des « si j’étais plus près, si tu n’étais pas si loin »
 » je penserai à toi » et « tu me manqueras »
des « je reviendrai » puis des « je te rappelle »
« je n’oublierai pas »
des « je te tiendrai à nouveau dans mes bras », parfois, aussi.
Puis des « un jour », « sans doute », « bientôt » ou « plus tard » ?

Combien, combien de promesses de bout du monde sont-elles tenues ?…

26 juillet 2011

pince-mi

Publié par ruedumidi dans RENCONTRES INSOLITES

L’eau est calme, d’un bleu intense, et le sable chaud nous invite à la sieste sous l’ombre apaisante des pins qui bordent cette baie enchantée de méditerranée. Pas un souffle dans l’air embrasé.
Au large, quelques voiliers immobiles, un petit catamaran, deux ou trois nageurs…
La plage est peu fréquentée à cette heure, et les vacanciers prennent leurs aises, étalant largement leurs serviettes bariolées, leurs maillots colorés, leurs flacons d’huiles parfumées.

Soudain, au bord de l’eau, deux personnages dénotent avec l’environnement. Je ne les ai pas vus arriver.
Monsieur et Madame, tous deux affublés de longs bermudas sages à carreaux beiges, et de polos d’une blancheur immaculée, sont coiffés de larges chapeaux de paille.
Bien droits, un rien guindés, sans un regard autour d’eux, Pince-mi et Pince-moi grimpent alors dans un minuscule canot pneumatique en évitant de se mouiller.
Monsieur, le menton haut, rame sans à-coup, Madame, le menton haut, regarde au loin…
Une ombrelle n’eut pas démenti le charme désuet de l’équipage.
Je souris de l’anachronisme…

Ils abordent en douceur un voilier ancré au large, et disparaissent dans la cabine.
Je les oublie…

Est-ce la distance qui nous sépare, est-ce le refuge du voilier, ou bien se croit-il à l’abri des regards ? Quelques minutes plus tard, c’est en tenue d’Adam, que Monsieur réapparait sur le pont de son bateau.
Naturisme adopté depuis peu si l’on en juge par la blancheur lunaire de son postérieur…
Décontracté, vaquant de ci de là, le pas léger et sifflotant tout à son aise, il vérifie le cordage ou replace une voile.
Je souris du contraste…

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